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Читаю книгу Рустама Александера « Dans le placard. La vie des homosexuels en URSS » et je suis vraiment sur le cul. Il parle de personnes qui, au fond, n’existaient pas dans le pays. Simples ouvriers ou vedettes de la chanson, tous étaient contraints de se cacher, de dissimuler leurs désirs et leur amour. Vivre au grand jour, c’était risquer de se faire prendre, d’être emprisonné à la suite d’une dénonciation, de finir en prison.
Представьте себе: в советской прессе нет ни одного нормального слова про геев. Только криминальные статьи или медицинские диагнозы. Угроза была повсюду, и каждый день мог стать последним, если кто-то решит «сдать» тебя.

Уголовный молот: статья 121
En URSS, une loi pouvait réellement t’envoyer en prison pour la seule raison que tu aimais les hommes. C’est статья 121 Уголовного кодекса, instaurée en 1934. Mais peu de gens savent qu’avant cela, les années 1920 avaient été une période de quasi-liberté : l’homosexualité masculine avait été dépénalisée. Et ce n’était pas par amour particulier, mais en raison de l’abrogation des lois tsaristes. Mais tout a changé, et désormais, on risquait jusqu’à cinq ans de prison simplement pour avoir aimé une personne du même sexe. D’ailleurs, les femmes, comme aujourd’hui, étaient traitées avec davantage d’indulgence.
Une histoire, comme toujours, à la fois drôle et effrayante. Начальник ОГПУ Генрих Ягода написал Сталину письмо: мол, под видом геев в стране шпионы! Et voilà une raison officielle de punir tous les hommes « incorrects ». En réalité, certains pensent que Staline en savait bien plus qu’on ne le croit, puisqu’à l’époque tsariste déjà, il fréquentait assidûment les lieux d’exil et les maisons d’arrêt, où ne vivaient que des hommes.
Bilan : les hommes homosexuels vivaient dans une peur constante. Selon l’historien Dan Healey, environ 25 000 à 26 000 personnes ont été condamnées entre 1934 et 1993. Même des personnalités connues en ont souffert, comme le chanteur Vadim Kozine et le réalisateur Paradjanov (« Les Chevaux de feu », 1964, récompensé dans un festival international du cinéma). Imaginez vivre en sachant qu’au moindre faux pas, votre vie peut tourner au cauchemar.

Подполье и «ремонтники»
La vie des personnes « dans le placard » ressemblait à un champ de mines. Même en échappant à la loi, rien ne garantissait qu’on resterait sain et sauf.
Les seuls endroits où l’on pouvait tant bien que mal se rencontrer étaient les « lieux de drague » : la fontaine près du théâtre Bolchoï, les toilettes publiques… Les gens le savaient : venir ici, c’était risquer de se retrouver derrière les barreaux pendant cinq ans. La milice « aérait » régulièrement ces lieux en y menant des descentes. Mais ce n’était pas tout. Il y avait aussi les « réparateurs », une catégorie particulière d’homophobes. Ils prétendaient chercher l’amour, mais en réalité, ils passaient leurs victimes à tabac, les faisaient chanter et allaient parfois jusqu’aux conséquences les plus terribles. À partir des années 1980, ces agressions étaient souvent commises par des adolescents et pouvaient aller des coups jusqu’au meurtre. Pour que deux hommes puissent simplement avoir une relation intime en URSS, il fallait non seulement être gay, mais aussi courageux.

Насилие в кабинете: «лечим» по-советски
После смерти Сталина в СССР появилось новое развлечение для психиатров — сексопатология. Врачи вроде Николая Иванова из Горького считали гомосексуальность болезнью и пытались её «лечить», хотя сам Иванов понимал, что тюрьма для геев — это уже полный абсурд.
Les méthodes étaient pour le moins brutales. Les patients étaient allongés sur une couchette et on leur répétait : « Ton désir pervers détruira ta carrière, ta famille te méprisera et tu risques même d’avoir affaire à la justice. » Comme l’expliquaient eux-mêmes ces « médecins de malheur », les méthodes thérapeutiques mises au point par Ivanov et son protégé, Jan Goland, visaient à créer un « vide sexuel et psychologique ». Pour y parvenir, ils recouraient à l’hypnose, à l’autosuggestion et à un apprentissage de la « perception esthétique des femmes », qui comprenait la présentation de portraits et même de photographies érotiques introduites clandestinement depuis l’Occident.
Пациенты, боясь разочаровать доктора, часто начинали убеждать себя и врача, что они «вылечились». Только вот никакой магии не было — это был психологический прессинг, а не чудо-терапия.

Pierre tombale : la peur qui transperce
Этот постоянный страх был буквально пульсом жизни «закрытых». Художник Евгений Фикс в проекте «Москва» показывает места тайных встреч, но оставляет их пустыми. Полная безлюдность. По его словам, именно так передаётся ощущение спрятанности и печального отсутствия.
Фикс, уехавший из СССР в 1994 году, называет свою работу «могильным камнем» — траур по поколениям, которые не могли говорить за себя. История геев тогда была полностью невидимой и репрессированной.
Эмоции и последствия страха просачиваются и в литературу. В рассказе Евгения Попова конца 1970-х — двух молодых людей с дачного водоёма, их конфликт заканчивается таинственным исчезновением. Скандал «натуральный и свинский», последствия — «неизгладимы, необратимы, печальны и постыдны». Даже после их исчезновения дачное сообщество живёт усталым унынием и страхом. Люди видят призраков, слышат песни вроде «Не надо печалиться, вся жизнь впереди» и в итоге покидают посёлок, потому что жить там — значит рисковать всем.
- Статья 121 была отменена только в 1993 году, уже после распада СССР. Но история «закрытых» — это живое напоминание о невидимой реальности советской эпохи, о страхе, который заставлял людей скрывать себя и жить в постоянном напряжении. История нам дана не только для того, чтобы помнить, но ещё и не допустить.

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